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Portugal

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Arts

Peinture et arts plastiques

En bref

Influence flamande en peinture • Une figure de proue : Nuno Gonçalves • Un art original : les azulejos.

Le XVe siècle : la grande époque de la peinture portugaise

Rares sont les peintures antérieures au XVe siècle qui subsistent encore. La plus ancienne est sans doute la fresque religieuse (Nossa Senhora da rosa) attribuée à un peintre toscan et réalisé au début de ce siècle dans l’église de São Francisco de Porto. A partir de cette époque, les églises s’enrichissent de réalisations picturales qui ont reçu l’empreinte de la peinture flamande. Le souci du détail et le recours à la peinture à l’huile sont à mettre au crédit des Flamands. Le plus célèbre peintre portugais – Nuno Gonçalves – a du reste nettement été influencé par le double style flamand et italien. La plus brillante expression de son art est sans doute le polyptyque de São Vincente da Fora que l’on peut découvrir au Museu nacional de Arte antigua de Lisbonne. Réalisés sur bois, ses six panneaux sont considérés comme de purs chefs-d'œuvre. Il s’agit d’une peinture de groupe qui réunit soixante figures individualisées. C’est la première représentation de groupe et la première peinture psychologique de l’art européen. Les personnages offrent un panorama de la société portugaise sous João Ier. Ce goût du portrait, manifesté par de riches personnages qui veulent se montrer sous leurs plus beaux atours, amène les peintres portugais à perfectionner leur art dans la lignée de Nuno Gonçalves.

Un imaginaire sous influence

Les scènes religieuses sont également souvent représentées. Avec la rapide circulation des images en Europe au début du XVIe siècle, l’influence flamande se renforce. Une représentation de saint Pierre, réalisée en 1530 par Vasco Fernandes dit Grao Vasco, montre ainsi en arrière-plan un paysage typique du nord de l’Europe. Cette peinture faite à Viseu, et que l’on peut toujours admirer dans le musée de cette ville, s’est directement inspirée d’une gravure flamande peinte un an plus tôt. Une autre caractéristique de la peinture portugaise de cette époque réside dans l’impact qu’a pu avoir la découverte du Brésil sur l’imaginaire des artistes. Dans une célèbre représentation de l’Adoration des rois mages de 1503, Melchior devient brésilien.

L’azulejo, un art devenu portugais

La peinture sur carreaux de faïence devient au XVIIe siècle un mode d’expression artistique prépondérant. Apparus en Perse au XIIIe siècle, ces azulejos parviennent au Portugal à la fin du XVe siècle, en passant par l’Andalousie arabe. Influencés par la manière italienne de peindre la céramique, les azulejos portugais prennent beaucoup d’importance au XVIIe siècle parce qu’ils sont employés dans le bâtiment. Au XVIIIe siècle, en pleine période baroque, ces carreaux de faïence, souvent bleu et blanc, forment des panneaux évoquant des scènes bibliques, mythologiques ou de vie dans la nature. Ils sont associés au bois du Brésil taillé, sculpté et doré appelé talha dourada. Les Portugais, de retour sur leur terre natale après l’indépendance du Brésil en 1822, utilisent fréquemmentles azulejos pour recouvrir les façades de leur maison. Le répertoire des artistes s’étoffe et les couleurs se multiplient. La seconde moitié du XIXe siècle aurait pu être fatale à cet art si typiquement portugais, mais un nouvel élan de créativité l’a relancé au cours du XXe siècle.

Six œuvres emblématiques 

Fresque Nossa Senhora da rosa, Antonio Florentino (début du XVe siècle).

Le polyptyque de São Vincente da Fora, Nuno Gonçalves (milieu du XVe siècle).

L’adoration des Rois mages, (1503).

Saint Pierre, Vasco Fernandes, (1530).

Martyre de saint Sébastien, Gregorio Lopes, (début du XVIe siècle).

Concert d’amateurs, Columbano (1882).

Musique

La musique portugaise est avant tout associée au fado. Le fado, qui signifie destin, est un chant mélancolique à la poésie rugueuse expriment une variété de sentiments liés à l’amour, la mort et l’exil. Ses origines prêtent encore à discussion : héritage de chants arabes ou juifs, modulations vocales issues des rythmes brésiliens rapportés par les voyageurs il y a deux siècles… Quoi qu’il en soit, le fado demeure une expression populaire qui touche la corde sensible de chaque Portugais. A Lisbonne, où l'on dit qu’il est né dans les bars de marins, le fado est le plus souvent chanté dans une gargote de l’Alfama ou du Bairro alto par une femme vêtue d’un châle noir. Un musicien l’accompagne avec sa guitarra à douze cordes. La fadiste entame alors son chant et impose son style. Amalia Rodrigues, qui s’est éteinte en l’an 2000, pouvait ainsi émouvoir un auditoire jusqu’aux larmes tant son style chargé d’humanité venait en appui du timbre subtil de sa voix. L’expression de la saudade, ce sentiment nostalgique qui rend sensible l’absence, suscite beaucoup d’émotion. Le fado n’est pourtant pas exclusif à Lisbonne. La vieille ville de Coimbra a également développé son propre style : seuls les hommes sont habilités à chanter. Les amateurs de belles voix féminines lui préféreront toujours le fado de Lisbonne.

Architecture

En bref

Un pays aux nombreux monuments religieux, classés patrimoine de l’humanité par l’Unesco • Une architecture originale influencée par la découverte des nouveaux mondes.

Le patrimoine roman et gothique

Le Portugal possède un patrimoine millénaire d’une grande richesse. Dans le giron d'Alphonse Henriques qui fait la reconquête au milieu du XIIe siècle d’une grande partie des territoires occupés par les Maures, des architectes influencés par le style roman de Cluny bâtissent de solides cathédrales appelées . La première est celle de Braga, dont le plan à trois nefs d’inspiration clunisienne se retrouve dans la cathédrale en granit de Porto. Le style roman portugais s’impose partout où la reconquête s’opère. A Coimbra est édifiée la Sé Velha. Cette cathédrale, comme à Lisbonne la Sé Patriarcal, a une allure de forteresse. Massives, compactes, coiffées de créneaux, ces vieilles dames aux lignes pures gardent en mémoire les épisodes d’un passé belliqueux.

A partir du XIIIe siècle, les nouvelles techniques de construction élaborées par les architectes français commencent à enrichir le style roman portugais. Les voûtes d’ogive, qui signent l’apport déterminant du gothique, sont peu à peu employées. La superbe abbaye cistercienne d’Alcobaça est à la frontière de ces deux codes architecturaux puisqu’elle conjugue dépouillement et prouesse architecturale. Ainsi, sa nef austère à la blancheur irréelle s’allonge sur 106 m et s’étire en hauteur jusqu’à 20 m. Les croisées d’ogives et les arcades en ogives sont intégrées dans les plans de construction de nombreux monastères. L’exemple le plus éloquent à cet égard reste le monastère de Santa Maria da Vitoria, plus connu sous le nom de Batalha. Plusieurs architectes se succèdent durant le siècle que prit sa construction. Afonso Domingues dessine la nef, le chœur et le cloître en s’inspirant d’Alcobaça. Puis le maître Ouguette fait monter les voûtes de la salle du chapitre et celles du grand cloître. Ce monastère, qui apparaît comme une apothéose du gothique portugais, influence à la charnière du XVe siècle la construction de différentes églises comme à Evora, à Lisbonne ou à Madère.

Un style, un monument 

Roman : la Sé Velha (l’ancienne cathédrale) de Coimbra, profilée comme une forteresse, érigée au XIIe siècle sous Alphonse Ier.

Gothique : le monastère de Santa Maria da Vitoria, plus connu sous le nom de Batalha, construit au lendemain de la bataille d’Aljubarrota en 1385.

Manuélin : le couvent du Christ à Tomar, dont l’une des fenêtres à la pierre finement ciselée (début du XVe siècle) est un pur chef-d’œuvre d’ornementation.

Baroque : le palais-monastère de Mafra construit dès 1717 sous Jean V à une époque de dépenses somptuaires.

Le gothique manuélin

Suivant l’exemple du prince Henri le Navigateur, le roi Manuel Ier encourage à la fin du XVe siècle les grands voyages en direction des Indes, d’abord avec Vasco de Gama en 1497, puis avec Pedro Alvares Cabral en 1500, qui fait un crochet par le Brésil encore inconnu. Ces voyages ont une nette incidence sur l’architecture. Tout le registre de l’ornementation se métamorphose. Des cordages de pierre, des chaînes, des filets, des coraux, des bouées, taillés dans la pierre, apparaissent dans les églises comme autant d’éléments décoratifs qui évoquent les grandes aventures maritimes. L’église du Jésus de Setubal construite en 1495 par Diogo Boytac, sous Manuel Ier. Le monastère des hiéronymites, à Lisbonne, édifié à partir de 1502 par le même architecte. La nouvelle église et les salles capitulaires du couvent du Christ, à Tomar, dont l’une des fenêtres réalisée par Diogo Arruda est considérée comme un pur chef-d’œuvre d’ornementation... Autant d’œuvres qui constituent de parfaits exemples de l’art manuélin. Le travail tout en finesse de la pierre est omniprésent : souvent des sculptures entourent les portails des églises, les colonnes sont torsadées, les arches des cloîtres se transforment en de véritables broderies comme à Batalha, et les voûtes sont parfois soulignées par des lianes en pierre avec des nœuds reliant les ogives comme dans la cathédrale de Viseu.

Who’s who des architectes 

Afonso Domingues  : a notamment dessiné à la fin du XIVe siècle les premiers plans du monastère de Mafra en s’inspirant de l’abbaye d’Alcobaça.

Diogo Arruda  : bien connu pour avoir mis en œuvre au début du XVe siècle la forme de gothique flamboyant qu’est le style manuélin.

Johann Friedrich Ludwig  : a dessiné au début du XVIIIe siècle les plans du palais-monastère de Mafra.

Antonio Maria Braga et João Paulo Conceiçao : deux architectes contemporains qui ont récemment érigé à Lisbonne un minaret hélicoïdal.

Le baroque portugais

En 1693, les Portugais découvrent de fabuleuses mines d’or dans la région du Minas Gerais au Brésil qui vont considérablement enrichir le royaume et permettre le développement accéléré d’un nouveau style architectural : le baroque. Le style lui même est apparu en Italie à la faveur de la Contre-Réforme et s’est propagé en Europe au XVIIe siècle, mais le mot est bien portugais. Baroque signifie en effet perle irrégulière. Au XVIIIe siècle, les architectes profitent des largesses financières des riches marchands portugais pour faire naître dans les églises une version du baroque typiquement portugaise. La profusion ornementale des retables, l’enchevêtrement des éléments décoratifs, s’appuient sur le recours systématique au bois sculpté et doré appelé talha dourada caractéristique du style national. Le bois qui se trouve dans les églises vient le plus souvent du Brésil et les dorures qui les recouvrent sont également originaires du Nouveau Monde. L’église Sao Francisco de Porto en est un exemple éloquent. Le contraste est saisissant entre l’austérité extérieure de l’édifice franciscain et la richesse de fioritures et de boiseries dorées. Dans ce décor grandiose, la célébration de la messe devient une pièce de théâtre. Le baroque use d’artifices, de figures voluptueuses, de trompe-l’œil, pour tenir l’attention en éveil et susciter l’émotion. A la talha dourada sont souvent associés les azulejos. L’église de la Miséricorde à Viana do Castelo, au nord du pays, est ainsi un parfait mariage baroque entre le bois sculpté et les azulejos. C’est du reste dans la partie septentrionale du Portugal que le baroque s’est le mieux exprimé. A l’instar des sanctuaires de Braga et de Lamego.

Si les marchands contribuent largement par leurs dons à la propagation de ce nouveau style architectural, les dignitaires de la Cour ne sont pas en reste. Ainsi, le palais-monastère de Mafra, immense et luxueux, est érigé dès 1717 selon les vœux de Joao V par l’architecte Johann Friedrich Ludwig. Le palais national de Queluz est quant à lui construit au XVIIIe siècle en prenant pour référence Versailles. C’est l’une des dernières pièces maîtresses d’un patrimoine architectural de grande valeur.

L’Exposition universelle de 1998, un exemple du genre

L’Expo 98 (du 22 mai au 30 septembre) sur le thème “les océans, un patrimoine pour le futur” s’est soldée par un double succès. Elle a connu une indéniable réussite populaire puisque le public s’est déplacé en masse pour visiter les différents pavillons des 129 pays et institutions. Sensibilisés à l’indispensable préservation des ressources de la mer, et renseignés sur le rôle pionnier qu’a tenu le Portugal dans la découverte des grandes routes maritimes à la charnière du XVIe siècle, les millions de visiteurs ont pu également profiter des spectacles organisés dans le cadre des festivités de l’Expo. Mais elle a surtout abouti à une complète réhabilitation urbaine des secteurs est de la ville qui étaient jusque-là laissés pour compte. Les grands travaux effectués à l’occasion de l’Exposition ont fait disparaître les zones en friche où se succédaient décharges et vieux abattoirs pour faire naître un espace attrayant où s’élèvent logements, bureaux et centres de loisirs. Lisbonne a fait peau neuve, à l’image du fabuleux pont Vasco de Gama, long de 17 km, dont les premières arches ont été construites aux abords de ce nouveau quartier pour l’ouverture de l'Expo 98.

Nos livres favoris

Le Portugal des grandes découvertes

Les lusiades, Luis de Camoes (1525-1580) : comme Shakespeare et Cervantès dans leur pays respectif, Camoes incarne au Portugal la figure du grand écrivain national. Il chante dans sa grande œuvre poétique l’épopée des explorations maritimes portugaises. Il a lui-même mené une vie d’aventurier. Il participe à la bataille de Ceuta en 1550, s’embarque pour l’Orient, occupe des postes de responsabilité à Macao puis Goa, avant de revenir à Lisbonne où il s’éteint dans le dénuement.

Le Portugal des milieux bourgeois

Les maia, José Maria Eça de Queiroz (1845-1900) : conduisant parallèlement une carrière diplomatique qui le dirigea comme consul à la Havane, en Angleterre puis à Paris, et une carrière de romancier, Eça de Queiroz fait dans Les maia une description de Lisbonne au XIXe siècle à travers trois générations. Dans une nouvelle dont l’action se déroule à Lisbonne, Civilisation, il tend à opposer la mauvaise influence de la ville et la force de vie de la nature. Dans 202, Champs Elysées, il transpose son analyse dans un Paris bourgeois envahit par les progrès techniques.

Le Portugal des tourments de l’âme

Le livre de l’intranquillité, Fernando Pessoa (1888-1935) : le plus célèbre écrivain portugais a écrit sous de multiples pseudonymes (Alvaro de Campos, Ricardo Reis, Alberto Caeiro…) une œuvre capitale qui continue d’inspirer de nombreux romanciers contemporains. Le livre de l’intranquillité est le journal intime d’un Lisboète très tourmenté. Les cafés dans lesquels il allait quotidiennement, comme le Brasileira à Lisbonne, sont devenus aujourd’hui d’incontournables lieux de visite.

Le Portugal des campagnes poétiques

Portugal, Miguel Torga (1907-1995) : dans ce petit livre qui suscite une grande émotion, Miguel de Torga évoque la terre granitique et les riantes campagnes portugaises. Il exprime avec un verbe juste et des images incisives à quel point les paysages et les habitants qui les occupent sont chers à son cœur. Ainsi du Tras-os-Montes, “Incapables d’une obéissance imposée de l’extérieur, les habitants ne considèrent comme naturels et légitimes que les impératifs de leur propre conscience”.

Le Portugal des mutations

Le radeau de pierre, José Saramago (1922) : premier écrivain de langue portugaise à être couronné par le prix Nobel de littérature (1998), José Saramago explore dans ces romans des moments clés de l’histoire portugaise comme dans L’année du siège de Lisbonne ou Le roi manchot. Avec Le radeau de pierre, il imagine la péninsule ibérique se détacher de l’Europe et dériver le long de l’océan.

Nos films favoris

Comédie sentimentale

Lisbon story, de Wim Wenders (1995) : ville en mutation, cicatrices béantes d’architecture en ruines, Wenders utilise Lisbonne en chantier comme cadre d’errance de son personnage principal (Rudiger Vogler), photographe allemand à la dérive. C’est le groupe Madredeus qui a composé la bande originale.

Documentaire poétique

Dans la ville blanche, Alain Tanner (1983) : évocation de l’héritage arabe, déambulation dans les lacis des ruelles de l’Alfama. Le film du cinéaste suisse tente de restituer ce qui dans la capitale portugaise le bouleverse tant.

Drame psychologique

Souvenir de la maison jaune, João Cesar Monteiro (1989) : primé au festival de Venise l’année de sa sortie, ce film intimiste suit la trajectoire de Lisboètes aux prises avec les rigueurs de l’existence.

Drame sentimental

La peau douce, François Truffaut (1964) : le grand cinéaste français fait évoluer Jean Dessailly, écrivain et critique littéraire, dans un Lisbonne attachant filmé en noir et blanc. Il y rencontre Françoise Dorléac, une hôtesse de l’air : sa vie familiale est bouleversée. Certainement le film le plus intime de Truffaut avec La femme d’à côté.

Drame historique

Capitaines d’avril, Maria de Medeiros (2000) : le 25 avril 1974, de jeunes capitaines de l’armée portugaise se soulèvent et, sans violence, parviennent à renverser un régime autoritaire qui a sévi pendant cinquante ans. Un premier film revigorant et d’une grande sensibilité pour la plus française des actrices portugaises.

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